Changer de vie pour un métier artisanal, c'est possible !

journaliste à La Tribune

D'ingénieur à boulanger, de communicant à ébéniste… Depuis quelques années, nombreux sont les cadres supérieurs à changer radicalement de voie pour se tourner vers un métier manuel. Quelles sont les raisons ? Comment faire après 10 ou 15 ans de vie professionnelle ?

 

 

La reconversion des cadres supérieurs vers des métiers artisanaux est un sujet qui prend de plus en plus d'ampleur depuis quelques années. Les médias relaient souvent l'histoire de tel commercial devenu mécanicien, ou telle responsable marketing devenue pâtissière. Quelles sont les raisons qui les ont poussés à changer radicalement de métier, au milieu d'une carrière souvent fructueuse ?

 

Passion familiale ou quête de sens ?

Beaucoup citent l'héritage familial, une activité qu'exerçaient leurs parents ou leurs grands-parents avant eux. L'exemple de Walter cité par le journal Le Figaro est parlant. Après une carrière qui l'a mené au poste de directeur financier chez Arcelor-Mittal, il a décidé de devenir ébéniste. Comme il l'explique lui-même, son père et son grand-père lui ont enseigné la taille et l'assemblage du bois dès son plus jeune âge, ce qui a facilité sa reconversion. Pauline, responsable marketing reconvertie dans la pâtisserie, parle également de passion familiale, ses ascendants étant des professionnels du secteur.

 

Mais d'autres exemples, bien plus nombreux, permettent de cibler une autre raison : ces métiers dits intellectuels provoquent de l'ennui et perdent leur sens au bout d'un certain temps. En cause, l'absence de créativité causée par la répétitivité des tâches et le manque d'objectifs concrets. Cette tendance a été théorisée il y a quelques années : ces gens perçoivent leur travail comme un « bull**bleep** job », littéralement un « job à la con ». Cela a permis de mettre en lumière un nouveau mal professionnel, après le burn out – l'épuisement au travail –: le bore out, ou l'ennui constant au travail.

 

Pour ces personnes, leur mal-être trouve sa solution dans les métiers manuels. La création d'objets concrets donne du sens à leur labeur et la créativité nécessaire les empêche de s'ennuyer vraiment.

 

Comment réussir sa reconversion ?

Il peut sembler difficile de reprendre des études après avoir entamé sa carrière depuis plusieurs années. Heureusement, il existe des dispositifs facilitant la reconversion professionnelle. En premier lieu, vous pouvez utiliser votre Compte personnel de formation (CPF), qui remplace l'ancien Droit individuel à la formation (DIF). Au fil des ans, vous accumulez des heures de formation en fonction de votre temps de travail. En ayant effectué des études supérieures, vous cumulez jusqu'à 24 heures par an, dans la limite de 120 heures, puis 12 heures par an, dans la limite de 150 heures.

 

Le CPF vous permet de suivre une formation tout en conservant votre travail actuel, ainsi que sa rémunération. Vous devez simplement en avertir votre employeur au moins 60 jours à l'avance.

 

Si vous n'avez pas accumulé assez d'heures sur votre CPF, vous pouvez demander un congé individuel de formation, d'une durée maximale d'un an. Il vous faut pour cela avoir travaillé au moins deux ans, dont un an en CDI dans la même entreprise ou quatre mois en CDD. Votre employeur peut toutefois retarder votre départ jusqu'à neuf mois s'il justifie sa décision.

 

Vous conservez votre rémunération pendant toute la durée du congé, ainsi que vos prestations de salarié, comme les congés payés, les primes ou encore la mutuelle d'entreprise. L'objectif est de vous permettre de suivre votre formation sans problèmes financiers.

 

Enfin, si vous avez déjà embrassé votre nouvelle carrière sans formation, vous pouvez obtenir un diplôme grâce à la Validation des acquis de l'expérience (VAE) au bout d'un an d'activité. Vous devez pour cela monter un dossier détaillant les connaissances et compétences acquises lors de votre année de travail et l'envoyer à un organisme certificateur agréé par l'État. Votre candidature sera alors examinée par un jury composé d'au moins un quart de professionnels du secteur concerné. Après un entretien, il décidera de valider ou non votre requête. L'obtention du diplôme de cette manière vous permet de sécuriser votre nouvelle carrière et de justifier de votre savoir-faire.

 

Yvan Brax, journaliste à La Tribune

 

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