Insee : le bilan mitigé de l'autoentrepreneuriat

journaliste à La Tribune

 

L'Insee a publié les statistiques de l'activité des autoentrepreneurs immatriculés en 2010, année de création du statut. Et le bilan est mitigé : seulement un quart d'entre eux est encore actif, alors que les entrepreneurs individuels classiques sont bien plus nombreux.

 

La création du statut d'autoentrepreneur en 2010 a permis de multiplier par deux les créations d'entreprise, et par quatre celle des entreprises individuelles, selon une étude de l'Insee. Cette année-là, ils étaient plus de 360 000. Mais la réalité est moins rose : 38 % d'entre eux n'ont jamais exercé d'activité, et seulement 23 % étaient encore actifs en 2015. Cela représente une pérennité à cinq ans de seulement 38 %, quand les entreprises classiques affichent un taux de 60 % et les entrepreneurs individuels de 50 %.

 

Les raisons de la pérennité

L'institut national des statistiques ne fournit aucune raison explicite à cette faible pérennité des autoentrepreneurs, mais fait plusieurs constats. Tout d'abord, l'âge des entrepreneurs : plus il augmente, plus ils conservent leur statut longtemps. Ainsi, seuls 16 % des moins de 30 ans immatriculés en 2010 sont encore actifs cinq ans plus tard, contre 21 % des 30-39 ans, et jusqu'à 31 % pour les 50 ans et plus.

 

La pérennité est également plus forte chez ceux qui ont choisi ce statut pour exercer leur activité principale (41%) par rapport à ceux qui en font une activité de complément (34%). Mais cet écart a tendance à diminuer lorsque l'on regarde les chiffres année par année :

  • à un an, l'écart du taux de pérennité est de six points, à 78 % contre 72 %,
  • à cinq ans, l'écart se réduit à seulement un point, à 94 % contre 93 %.

 

L'Insee note également un glissement de l'utilisation par les autoentrepreneurs de leur statut vers une simple activité de complément. Cela va de pair avec une chute du temps consacré à leur activité. Ils ne sont plus que 38 % à s'en occuper plus de 70 heures par mois en 2015.

 

Le chiffre d'affaires annuel moyen est par ailleurs relativement faible, et en baisse. Il était de 10 200 euros en 2014, en chute de 400 euros par rapport à 2012. Les activités principales rapportent en moyenne 12 800 euros, contre seulement 7 700 euros pour les activités de complément. Ces chiffres sont bien moins élevés que ceux des entrepreneurs individuels classiques, qui sont plus de 75 % à déclarer des recettes supérieures à 15 000 euros, contre moins du quart pour les autoentrepreneurs.

 

Les secteurs ne sont pas égaux

Enfin, la pérennité des autoentrepreneurs dépend fortement de leur secteur d'activité. La proportion d'activités encore debout à cinq ans est bien plus élevée dans les services aux ménages, comme la santé humaine et l'aide sociale (46%) ou l'enseignement (35 %). De l'autre côté du spectre, l'information et la communication, et le commerce présentent le taux de longévité le plus faible, seulement 19 %, alors que ces secteurs ont vu de nombreuses immatriculations en 2010.

 

La comparaison avec les entrepreneurs individuels classiques est intéressante. Dans tous les domaines, leur taux de pérennité est supérieur d'au moins 20 points, parfois plus de 30. Dans les services aux entreprises, l'écart atteint 40 points. L'Insee l'explique par la ponctualité des recours aux autoentrepreneurs, qui exercent la plupart du temps leur activité en complément d'une autre, et l'abandonnent donc plus facilement.

 

Yvan Brax, journaliste à La Tribune

 

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