Reprise d'entreprise : comment monter un bon plan de financement ?

journaliste à La Tribune

 

Reprendre une entreprise est dans bien des cas plus simple que créer sa propre activité ex nihilo. Mais, comme toujours, l'argent est le nerf de la guerre. Vous devez monter un plan de financement solide pour rendre la reprise possible et faire fructifier la société.

 

Anticiper les dépenses
Pour monter un dossier de financement solide et crédible, vous devez anticiper les dépenses à engager dès le début. Cela commence par le prix du rachat en lui-même. Il et tout d'abord fixé par le cédant, qui peut utiliser plusieurs méthodes :
· en observant le prix de cession d'entreprises similaires à la sienne, surtout utilisée pour les fonds de commerce,
· en se basant sur la valeur patrimoniale de l'entreprise : il calcule l'actif net en soustrayant à tous les actifs les dettes et en intégrant les plus-values à venir,
· en anticipant la rentabilité de l'activité dans les cinq à dix années à venir.


Ce prix de cession est évidemment négociable, en fonction de l'analyse de l'entreprise que vous avez effectuée vous-même. N'oubliez pas d'y ajouter les frais de notaire ainsi que les droits de mutation, qui oscillent entre 3 et 5 % du coût total.
Ajoutez-y le coût de l'éventuel stock de marchandises à reprendre, ou le prix d'achat dudit stock s'il n'y en a pas. Vous avez également besoin de savoir si vous devrez effectuer des travaux de remise aux normes. Si c'est le cas, évaluez-en le coût, que vous pourrez éventuellement étaler sur plusieurs années.
Enfin, les recettes actuelles de l'entreprise doivent permettre de couvrir les dépenses courantes de l'entreprise, comme le paiement des salaires ou des fournisseurs. Si ce n'est pas le cas, vous devrez apporter des fonds supplémentaires.

 

Le prévisionnel de reprise
Pour convaincre les potentiels investisseurs et créanciers, vous devez établir un prévisionnel de reprise. Cela commence par reprendre les éléments comptables du dernier exercice clos, et les données depuis. Vous pouvez ainsi présenter clairement l'état financier et patrimonial de l'entreprise.
Ces éléments vous permettent de chiffrer tous les investissements cités ci-dessus (dépenses courantes, mise aux normes…), et d'y incorporer d'éventuelles réserves faites par le cédant. Vous pouvez ensuite établir des bilans prévisionnels pour les exercices suivants, en prenant en compte toutes ces dépenses, le seuil de rentabilité et l'établissement d'un plan de trésorerie prévisionnel.
Tous ces documents sont essentiels, à la fois pour que vous ayez une vision claire de l'évolution de l'activité, mais aussi pour montrer à vos interlocuteurs le sérieux de votre démarche et vos ambitions pour l'entreprise visée.


Le montage financier
Vous devez ensuite détailler la manière dont vous comptez financer l'opération de reprise de l'entreprise. Tout d'abord, l'apport personnel : il permet de montrer votre implication dans le projet et réduit d'autant le montant du crédit que vous contracterez. Aucune règle ne régit le montant à mettre sur la table, mais 20 % du coût total de la reprise est une bonne proportion.
Vous pouvez également faire appel à des dons de vos proches, particulièrement vos parents s'ils ont de l'épargne de côté. Ils vous font ainsi une avance sur votre héritage, et vous augmentez ainsi votre apport. Ces sommes collectées auprès de votre famille pour votre projet professionnel ont un nom : la love money.


D'autres méthodes vous permettent d'augmenter votre apport. L'ARCE, l'Aide à la reprise ou à création d'entreprise, est versée par Pôle Emploi à tout chômeur ayant un projet de reprise. Si vous êtes actif, vous pouvez faire une demande de prêt d'honneur à un réseau d'accompagnement. Il s'agit d'un emprunt à taux zéro sans contrepartie pouvant aller jusqu'à 50 000 euros.


Le cédant peut vous consentir un crédit vendeur. Il s'agit d'un prêt sous forme d'étalement du paiement du prix de cession. S'il vous l'accorde, cela sera vu comme une marque de confiance importante auprès des banques.
Il vous faut ensuite intégrer les aides et subventions publiques dont vous pouvez bénéficier. Il en existe de nombreux types, des emprunts consentis par Bpifrance aux subventions régionales et départementales. Prenez toutefois en considération que l'acquisition des fonds peut prendre du temps.


Enfin, armé du détail de tous ces financements, vous pouvez vous rendre à votre banque, qui vous consentira un prêt dont le montant et le taux d'intérêt dépend de la nature de l'entreprise cédée, de votre expérience ou encore de votre apport personnel. L'établissement vous demandera une garantie, plus ou moins importante. Il peut s'agir d'une caution personnelle, d'un nantissement de titres de l'entreprise, ou d'une caution d'un organisme, comme Bpifrance.


Yvan Brax, journaliste à La Tribune

 

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