Brexit : quel impact pour les Français expatriés ?

journaliste à La Tribune

Le Royaume-Uni quittera l'Union européenne en mars 2019, quelle que soit l'avancée des négociations entre les deux parties. L'avenir des Français expatriés sur place, plus de 300 000 tout de même, est incertain.

 

Le 29 mars 2019, le Royaume-Uni quittera l'Union européenne, après un référendum serré en juin 2016 et le déclenchement du fameux article 50 en mars 2017. Depuis cette date, les dirigeants des deux parties négocient âprement les conditions du divorce, notamment concernant le sort des expatriés des deux côtés.

 

Le retour du permis de travail ?

En parlant d'expatriés, le nombre de Français vivant outre-Manche est évalué à plus de 300 000, l'équivalent d'une ville de la taille de Nantes. Il s'agit de l'une des communautés étrangères les plus importantes du Royaume-Uni parmi les plus de trois millions d'Européens y résidant. Ceux-ci sont légitimement inquiets de leur sort une fois la sortie de l'Union européenne actée. L'impact est pour l'instant surtout psychologique : ils ne savent toujours pas ce qui leur arrivera, alors que les négociations ont débuté il y a maintenant un an.

 

En effet, le sort des Européens résidant au Royaume-Uni n'a toujours pas été tranché, pas plus que celui des Britanniques vivant au sein de l'Union européenne. Après le référendum, les partisans du « leave » outre-Manche avaient assuré que les conditions de vie des premiers ne changeraient pas de celles dont ils profitent aujourd'hui, particulièrement concernant leur liberté de circuler. Mais si rien n'est décidé dans un an, ils devront obligatoirement demander une carte de résident valable cinq ans, puis un titre de résident permanent, comme tout résident extra-communautaire.

 

Concernant l'emploi, un Brexit dur, c'est-à-dire dans liberté de circulation, signifierait le retour des visas et permis de travail pour tous les Européens, même ceux déjà résidents. Ils seraient donc à la merci des services d'immigration britanniques. Et, en l'absence d'accord d'ici 2019, ils pourraient être soumis à la nouvelle loi concernant les résidents extra-communautaires, votée en 2016 : s'ils gagnent moins de 35 000 livres par an, soit environ 3 000 livres par mois, leur permis ne sera pas renouvelé. Les Français expatriés en raison de leur travail gagnent souvent très bien leur vie, mais ils sont loin d'atteindre ce seuil.

 

L'incertitude de la fuite des emplois

Les retraites sont également un point d'achoppement. Aujourd'hui, selon les règles européennes, un Français ayant cotisé pour sa retraite au Royaume-Uni peut faire transférer ses droits en France pour ses vieux jours. Là encore, en l'absence d'accord, cette disposition disparaîtrait. Il devrait alors se faire payer deux pensions, une en euros par le système français, et une en livres sterling par le système britannique. Il pourrait y perdre beaucoup au change, puisque dans aucun des deux cas il ne pourrait prétendre à une pension complète.

 

Enfin, une autre inquiétude concerne la délocalisation des emplois. De nombreuses banques d'affaires et multinationales ont leur siège social européen à Londres, au cœur de la City. Mais si aucun accord facilitant les échanges avec le continent n'est trouvé, elles risquent de partir ailleurs, à Amsterdam, Francfort ou encore Paris. De nombreux Français ayant construit leur vie au bord de la Tamise risquent de se voir obligés de déménager au risque de perdre leur travail.