Changement d'heure : combien ça coûte ?

journaliste à La Tribune

Deux fois par an, nous changeons d'heure pour faire des économies d'énergie, dit-on. Qu'en est-il réellement ? Quel est l'impact sur nos vies ? Détails.

 

Cela fait 100 ans que le changement d'heure a été instauré en France, et presque autant d'années qu'il est controversé. Le passage à l'heure d'hiver, par exemple, permet de rester plus longtemps au lit, mais le soleil se couche bien plus tôt, vers 18 heures, dès la fin du mois d'octobre. Selon l'Ademe, l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie, cela a permis d'économiser en 2009 (derniers chiffres disponibles) l'équivalent de la consommation de 800 000 ménages. Mais ce gain a tendance à se résorber avec le temps, notamment en raison de l'amélioration de la consommation des systèmes d'éclairage et de chauffage.

 

Cette économie se traduit également en termes d'émissions de CO2 : l'agence a observé une baisse de 44 000 tonnes par rapport aux prévisions à la fin des années 2000. Cela pourrait atteindre 100 000 tonnes d'ici 2030, si des efforts sur les énergies renouvelables sont effectués.

 

Une mesure controversée

Mais les critiques sont nombreuses contre le changement d'heure, qui permet d'avoir plus de lumière le soir au printemps, et le matin en automne. Les économies ne sont pas forcément visibles au niveau des foyers, qui compensent l'économie par une consommation accrue le reste de la journée. Par ailleurs, cela a un impact sur la santé physique des personnes, comme le décalage horaire dû à un changement de fuseau. Il perturbe l'alimentation et le rythme du sommeil par exemple. Certaines études ont même démontré une augmentation de 5 % des infarctus la semaine suivant le passage à l'heure d'été, contrebalancée par une baisse équivalente après le passage à l'heure d'hiver.

 

C'est pourquoi le changement d'heure intervient toujours dans la nuit de samedi à dimanche. Cela permet de limiter les effets sur la semaine de travail tout en laissant le temps de s'y habituer durant le week-end.

 

L'idée, plus radicale, de supprimer complètement le changement d'heure a été évoquée plusieurs fois, en raison de son impact de plus en plus faible et des effets négatifs ressentis par la population. En 2016, la ministre de l'Écologie Ségolène Royal avait lancé une réflexion sur la pertinence du dispositif, mais n'a eu aucune suite.

 

Il faut dire que le changement d'heure a été harmonisé par l'Union européenne en 2001 par une directive imposant à tous les pays membres une même date de passage à l'heure d'été ou d'hiver, pour le bon « fonctionnement du marché intérieur », notamment des secteurs des communications et des transports. Si un État voulait changer la règle, il devrait obtenir l'accord de tous les autres pour faire modifier le texte en sa faveur.

 

Yvan Brax, journaliste à La Tribune